Lions indomptables : Mbami claque la porte
Dans une interview explosive à Rts, le joueur fustige Schäfer, Song Bahanag et l’environnement pourri de l’équipe nationale.
Lions indomptables
Le torchon brûle
M'bami claque la porte, Kalla refuse l'appel de Schäfer et le flou s'enracine.
C'est un véritable coup de tonnerre que la radio privée Siantou a annoncé hier: Modeste Mbami, le milieu de terrain étincelant de Paris Saint-Germain, décide de se retirer de la sélection nationale. Dans un entretien accordé à la chaîne urbaine basée au quartier Mvog-Mbi à Yaoundé, l'ex sociétaire de Dynamo de Douala tire à boulets rouges sur le capitaine des Lions indomptables et le sélectionneur Winfried Schäfer. Selon lui, Rigobert Song Bahanag serait en complicité avec le technicien allemand pour imposer des joueurs sans états de service à l'équipe nationale et pourrir l'atmosphère. Quant à Winfried Schäfer, auteur des errements tactiques de la sélection qui ont conduit aux mauvais résultats de ces derniers temps, il n'a pas du tout apprécié les observations que lui fit le joueur du Psg après la défaite contre les Pharaons d'Egypte. Conséquence : M'bami sera mis sur le banc de touche lors du match du 9 octobre dernier contre le Soudan, pour le piteux match nul que l'on connaît. Et le sélectionneur lui a demandé, via Cameroon Tribune, de demander des excuses au groupe. Ce que le joueur ne comprend pas et refuse de céder.
Cette sortie musclée de l'un des Lions indomptables les plus en vue sur la scène européenne vient ainsi remettre au goût du jour le débat, que veulent évacuer à tort les responsables du Minjes, sur la pourriture brune qui s'est emparée de l'environnement général de l'équipe du Cameroun de football. Modeste M'bami a le courage de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: "J'ai jusque-là gardé le silence parce que je pensais que le linge sale se lave en famille. Mais, comme j'ai été indexé publiquement par tout le staff technico-administratif, je me sens le devoir de m'exprimer". Et le milieu récupérateur du Psg n'y va pas avec le dos de la cuiller : "Tout est parti du dernier match contre le Soudan, où j'ai eu une prise de bec avec le capitaine Rigobert Song. C'est lui qui arrive en retard aux repas, mais n'accepte pas que les autres dérogent à la discipline. Il dit que les jeunes n'ont pas droit à la parole. (...) Moi, dans mon club je suis un leader, et en sélection, personne ne veut m'écouter. Je dis donc que si c'est moi le problème, je me retire et je les laisse continuer".
Récurrence
Qu'on se souvienne que Raymond Kalla Nkongo est parti volontairement de la sélection après le fiasco de la Coupe du monde 2002, parce qu'il fut indexé publiquement par tout un ministre de la Jeunesse et des Sports. Aujourd'hui, le sélectionneur fait mine de le rappeler en sélection, au moment où celle-ci est au plus mal. L'intéressé a décliné l'offre. Il se porte bien à Bochum et ne veut plus venir se mêler à la mélasse camerounaise actuelle. Pour les mêmes raisons, Lauren Etame Mayer a déserté les Lions indomptables depuis la fin du Mondial 2002 au Japon, malgré diverses démarches tendant à le faire revenir, et il n'y retournera pas tant que la confusion et le désordre y règnent. Tout comme est encore frais dans nos mémoires le débat sans objet qui a précédé la Coupe d'Afrique des nations 2004 sur la sélection de l'avant-centre Patrick Mboma. Débat sans objet, disons-nous, parce que le sélectionneur se bombait le torse alors qu'il n'a pas, comme on a pu le vérifier en Tunisie, un autre buteur sous la main. Il faut ajouter à cette ambiance déjà assez confuse la mauvaise humeur du meilleur buteur de la Liga espagnole, Samuel Eto'o, qui aurait menacé, à en croire Schäfer en personne, de quitter aussi les Lions.
Lundi dernier, dans une interview dense accordée au Messager, Achille Mbembe rappelait fort à propos que notre pays dispose toujours d'une formidable équipe nationale, mais qui est malheureusement rattrapée par la pourriture générale de la gestion du Cameroun. Alors que des voix ne manqueront pas de s'élever pour approuver ou condamner la sortie de Modeste M'bami, il est utile de préciser que les problèmes du football camerounais ne seront pas réglés tant que le reste du pays marche à l'envers. Et le problème des Lions indomptables n'est ni M'bami ni Song Bahanag, mais l'environnement politico-administratif qui l'entoure. Le problème de l'équipe nationale, c'est que le ministre en charge des sports a le droit de vie et de mort sur les entraîneurs qui apportent les résultats avec la manière, a le pouvoir de chasser des joueurs de la sélection, de recruter et de maintenir en poste un sélectionneur manifestement incompétent, d'appeler à sa guise ses frères du village et autres copains pour s'occuper des équipes nationales du Cameroun, sans le moindre état de service avéré.
Ce n'est que dans ce dernier volet que M'bami se trompe. Pour le reste, il fallait quelqu'un pour créver l'abcès. Et c'est fait.